Mariette récitant le poème « OÙ NAISSENT LES PAROLES ? »

 qui obtint, dans sa version espagnole,  le trophée « FLEUR D’ARGENT »

aux XIIIème Jeux Florraux d’Andalousie (1993)

 

 

Où naissent les paroles ?

 

Il est midi,

le soleil éclaire ma chambre,

et mes mains

et mes doigts

se meuvent sur le clavier.

Des lettres naissent

et apparaissent sur l’écran.

 

Les lettres se joignent,

forment des paroles,

des paroles vertes

 mais sans espoir :

l’herbe est fauchée

avant de naître.

 

Le soleil

qui devrait la faire pousser,

la brûle.

 

Mais ça ne fait rien :

on dort bien sur le gazon.

Il est humide et confortable.

 

On peut rêver :

les rêves n’ont pas de limites.

Ils ne sont pas comme la réalité

qui semble jouir en te décevant.

 

Où naissent les paroles ?

Dans l’esprit je suppose.

Mais mon esprit ne les valorise

qu’écrites.

 

Je les lis avec mes yeux

et j’écoute.

 

Je reste quiète un instant

pour détecter leur message,

pour sentir si elles parlent à mon cœur,

si elles caressent ma sensualité,

si elles sont capables

de me faire rêver.

 

Et normalement elles le sont.

Elles réveillent ta douleur ou ton plaisir,

caressent ta peau tout doucement ;

ou t’ennuient de telle façon

que tu les condamnes à mort

en effaçant l’écran.

 

Il suffit d’une simple touche

pour effacer des heures entières,

sans qu’il n’en reste

la moindre trace.

 

Mes paroles me caressaient

et moi, je les embrassais.

Elles gardaient la source

mon âme puisait.

 

J’aurais voulu

que l’herbe ne meure jamais !

J’aurais voulu qu’elle soit

toujours verte et humide !

J’aurais voulu que le soleil

la caresse à jamais !

J’aurais voulu

qu’il ne la brûle point,

qu’il ne la fasse point périr !

 

Le soleil peut être doux

ou cruel et implacable !

Il peut te faire fleurir

t’écraser sans pitié.

 

L’herbe le sait,

elle sait aussi que sans lui,

elle ne peut vivre.

 

Elle lui doit la vie

qu’elle doit payer

de sa mort.

 

La mort n’est qu’un sommeil profond.

Elle se réveillera un jour.

 

Elle renaîtra

quand le soleil à nouveau doux,

de son doigt d’or la frôlera.

 

Mais l’herbe ne le sait pas

et elle a peur.

Elle ne comprend pas

que celui qui

lui donne la vie

la lui reprenne,

la laissant mourir

en si terrible

agonie.

 

Elle ne veut pas mourir.

Elle supplie.

 

Quelle ironie !

 

Supplier le soleil

si grand et si chaud,

si haut dans le ciel

qu’il ne la voit même pas,

elle, si humble et si menue,

désirant si fort

rester en vie !

 

Le soleil caressa son berceau

sans s’en rendre compte.

Il la fit grandir et fleurir

sans s’en rendre compte.

 

Et maintenant,

toujours sans s’en rendre compte,

il la laisse mourir

en la brûlant

atrocement !

 

Vois-tu

m’a conduit

la première lettre que j’ai écrite ?

Une parole est née.

Où est-elle née ?

 

Dans ton esprit,

sous tes doigts,

sur l’écran.

 

Tu la penses,

tu la sens,

tu la palpes ;

puis,

tu te demandes :

 

Quel message apportera-t-elle

à l’autre personne, à

la personne à qui elle est destinée ?

Sera-t-il celui que tu veux transmettre ?

Comprendra-t-elle ton sentiment ?

Que pensera-t-elle ?